Chamanisme : la place du conte

Les contes font partie de l’histoire de l’Humanité, car toutes les cultures du monde en possèdent et n’ont pas d’origine définie.

Définition et rapide histoire

Définition :

Le mot conte désigne à la fois un récit de faits ou d’aventures imaginaires et le genre littéraire (avant tout oral) qui relate les dits récits. Le conte, en tant que récit, peut être court mais aussi long. Qu’il vise à distraire ou à édifier, il porte en lui une force émotionnelle ou philosophique puissante. Depuis la Renaissance, les contes font l’objet de réécritures, donnant naissance au fil des siècles à un genre écrit à part entière. Cependant, il est distinct du roman, de la nouvelle et du récit d’aventures par l’acceptation de l’invraisemblance.

Il y a deux pratiques du genre littéraire qu’est le conte : orale et écrite. Ces deux pratiques se différenciant par leur mode de création et de diffusion comme par leur contenu, il convient de les distinguer.

Selon Wikipédia

En france, on connaît surtout des contes comme les contes des Frères Grimm, lesquels ont été créés ou réécrits lors de la Renaissance. 

Nous allons principalement parler ici des contes oraux, d’origines plus anciennes. 

Les contes étaient pendant longtemps des moyens de transmettre aux nouvelles générations l’histoire de leur culture, notamment dans les cultures chamaniques.

Le conte dans le druidisme

Dans le druidisme, on commence par être barde, puis on peut devenir vate (ou ovate) avant de pouvoir devenir druide.

Le barde était un lettré,  appartenait à la classe sacerdotale ( des prêtres ) et avait donc des fonctions religieuses dans des domaines qui de nos jours relèvent du profane.

Il avait comme spécialisation :

  • histoire et la généalogie des souverains et nobles
  • poésie (mythologies et épopées)
  • louange, satyre et blâme

La musique et le chant étaient les arts liées à leur fonction.

A partir du Moyen Âge, son rôle s’est considérablement altéré pour n’être plus qu’un poète de cours, un conteur, sans connotation religieuse ou sacrée.

Le barde avait donc une place prépondérante dans la société en perpétuant la tradition orale.

On considérait que pour devenir vate puis druide, il fallait d’abord pouvoir laisser la créativité s’exprimer afin de s’ouvrir aux possibles, d’où l’utilisation de la musique, du chant et des contes.

Multiples lectures

Comme dit plus haut, le conte se caractérise par une acception de l’invraisemblance. Personne n’est choqué si dans un conte, quelqu’un se met à voler dans les airs, ou si un animal se met à parler. Cette particularité permet d’utiliser le sens figuré et la symbolique dans l’oeuvre et de laisser ainsi plus de place à l’imagination ainsi qu’aux différents sens apportés.

On peut dire qu’un conte comporte des “multiples lectures”, car suivant le point de vue selon lequel on lit un conte, il peut revêtir une toute autre signification.

Voici un exemple très parlant. Si on regarde des passages d’Alice aux pays des merveilles, on peut y trouver

  • Alice qui suit un lapin blanc dans un trou qui l’emmène dans un autre monde
  • Des animaux qui parlent dans ce nouveau monde
  • Alice qui grandit et rapetisse de manière très marquée lors de l’ingestion d’un aliment
  • Il n’y a pas de temporalité dans ce nouveau monde
  • Alice essaie de comprendre ce nouveau monde avec la logique du monde qu’elle connaît et cela ne fonctionne pas, elle doit lâcher-prise et accepter ce qui vient.

D’un point de vue chamanique, il y a beaucoup de choses qui font du sens dans les quelques point que j’ai noté au dessus !

  • Alice qui suit un lapin blanc dans un trou qui l’emmène dans un autre monde

Cela ressemble trait pour trait à un voyage chamanique dans le monde d’en bas. On peut même considérer tout le reste de l’histoire dans ce nouveau monde comme un voyage chamanique.

  • Des animaux qui parlent dans ce nouveau monde

Il est commun dans un voyage chamanique dans le monde d’en bas, de rencontrer des animaux qui s’expriment de manières différentes du monde que l’on connaît.

  • Alice qui grandit et rapetisse de manière très marquée lors de l’ingestion d’un aliment

La métamorphose peut également faire partie des voyages chamaniques. Elle peut ou non être provoquée par l’ingestion d’une plante médecine dans le voyage.

  • Il n’y a pas de temporalité dans ce nouveau monde

Le monde d’en bas chamanique ne comprend pas non plus de temporalité.

Le monde d’en bas demandant un état de conscience modifié pour y avoir accès, ne possède par conséquent pas les même repères que le monde que l’on connaît. Il n’est pas étonnant que notre logique habituelle ne fonctionne pas toujours. Lors d’un voyage, il n’est pas rare de devoir lâcher-prise sur certains points de vues réducteurs que nous avons. Cela nous permet d’ailleurs de voir les choses de notre monde d’une autre manière.

  • Alice essaie de comprendre ce nouveau monde avec la logique du monde qu’elle connaît et cela ne fonctionne pas, elle doit lâcher-prise et accepter ce qui vient.

Nous n’irons pas plus loin dans le détail, je pense que vous avez compris l’idée des “multiples lectures”. Si vous aimez les contes, je vous invite à en relire un ou plusieurs que vous appréciez, en changeant légèrement votre point de vue sur cette nouvelle lecture, et peut être que des nouveaux sens vous viendront !


Un voyage chamanique en conte

Certains contes plus traditionnels sont tellement proches de certaines expériences chamaniques, qu’il est fort possible qu’elles soient en fait le récit d’un voyage chamanique vécu.

Laissez moi vous narrer un conte à partir d’un voyage chamanique :

Alex se promène en forêt comme il l’habitude de le faire en fin de journée. Il rencontre alors un Hibou, posé sur une branche d’arbre, qui lui propose de vivre une renaissance. Intrigué, Alex accepte de le suivre. Le hibou s’envole et l’emmène devant une grotte. 

“Avant de partir, lui dit le hibou, prends un peu de temps pour ressentir ton lien à la terre.” Alex s’assoit alors par terre et pose ses paumes contre le sol. Il se met à ressentir comme des racines venant de la terre qui remontent l’intérieur de ses bras. Ensuite, Alex se relève et fais signe au hibou qu’il est prêt. Le hibou vient se poser sur l’épaule d’Alex et tous les deux se dirigent dans l’entrée de la grotte. La descente dans la grotte est longue, et se fait au moyen d’un tunnel naturel humide et frais. Après un certain temps, il voit une sortie lumineuse, qui l’amène dans une clairière magnifique, en forme de cercle. De belles fleurs blanches, oranges, violettes et jaunes parcourent cet espace. Le hibou se pose sur une branche, et une immense taupe sort du sol de la clairière. La taupe fait signe à Alex de s’approcher, elle lui creuse alors un grand trou, en forme de tombe et lui fait signe de s’allonger. Alex est un peu hésitant et regarde le hibou. Celui-ci lui fait un signe de tête. Alex s’allonge alors dans cette tombe fraîchement creusée. La taupe se met à combler le trou de la tombe avec la terre. Alex se retrouve dans le noir, sans possibilité de bouger. Il constate cependant qu’il n’étouffe pas et qu’il ne se sent pas écrasé. Il décide de fermer les yeux et de laisser faire les choses. Il se relâche de plus en plus. Sa chair commence doucement à partir de ses os, ainsi que ses organes. Il ne souffre pas et accueille simplement l’expérience. Ce sont ensuite ses os qui se mettent se dissoudre. Alex sent qu’il n’est plus rien, son corps s’est entièrement décomposé. Un moment de calme et de paix s’installe.

Alex prends alors conscience que son ancien corps physique est maintenant éparpillé en différentes petites parties, qu’il n’est plus “un” mais “multiple”. Il sent qu’une de ses parties est ingérée par un ver de terre qui passe proche de la tombe. Puis une deuxième partie est poussée par une taupe qui creuse son tunnel. Il sent ensuite une de ses parties est aspirée par les racines d’une plante à fleurs, elle remonte ensuite le long de la tige pour finir dans la fleur. Elle est ensuite récupérée par une abeille qui butine, et ensuite s’envole vers la ruche. Alex ne trouve pas les mots pour décrire cette expérience.

Il sent à présent qu’il émerge de la terre dans un nouveau corps. Il a la sensation que ce corps est fort, solide. Il regarde ses bras, qui sont alors des bras puissants. Ses veines de bras ressemblent à des lianes de lierres avec quelques feuilles.

Il contemple alors ses paumes, et de l’eau se met à couler de ses paumes vers le sol. 

Alex n’en revient pas !

Il se tourne vers le hibou avec un regard et une expression emplis de gratitude. Le hibou lui sourit.

“Il est temps de rentrer à présent, dit le hibou”. Il se pose à nouveau sur l’épaule d’Alex.

Alex remercie humblement le lieu, le hibou ainsi que la taupe avant de partir.

Ils empruntent le tunnel naturel utilisé pour arriver dans la clairière en sens inverse et finissent par arriver à l’entrée de la grotte.

Le hibou va se poser sur une branche.

“A bientôt, dit Alex, et encore un grand merci !”

Alex reprend son chemin habituel, cependant il sent qu’il s’est enrichit de cette expérience incroyable.

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