Chamanisme : Les quêtes de vision

Par Alix

La quête de vision est une pratique d’origine amérindienne, cependant on retrouve des pratiques similaires dans la majorité des cultures chamaniques, avec des variantes. C’est l’une des plus anciennes cérémonies chamaniques pour trouver une guidance spirituelle et renouer avec le sens de sa vie.

Définition

Traditionnellement, la quête de vision est un rite de passage basé sur une mort et une renaissance symbolique qui marquait, dans la vie d’un individu, la fin d’une période importante et le début d’une autre. La quête de vision se pratique en solitaire, en pleine nature, face aux éléments et à soi-même. 

La quête de vision est constitué de plusieurs éléments qui peuvent être confrontants : la séparation de son milieu habituel, le retrait dans un lieu isolé et un jeûne solitaire en pleine nature sauvage. Dans certaines cultures, on respecte également une privation de sommeil.

 Le but de la quête de vision est de prendre une distance par rapport à la famille et à la société dans laquelle nous vivons, et qui nous conditionne. Ce voyage intérieur demande du courage et la capacité de s’ouvrir à un autre mode de perception. Le fait de se retrouver face à soi-même, sans autres points de référence que la nature elle-même facilite le travail de ce rituel.

L’initié apprend à voir autrement, à observer les signes et les présages que la nature lui adresse et à découvrir les secrets et les mystères que recèle son âme. La quête de vision n’a rien d’une cure de repos. Cela peut même être une expérience assez douloureuse, car elle implique de confronter ses peurs et ses démons intérieurs.

Elle peut nous donner l’occasion d’avoir 

  • une vision
  • une voyance sur notre chemin de vie
  • elle peut nous apporter une connaissance
  • une compréhension
  • un chant

Cela peut également prendre la forme d’une médecine particulière que nous pourrons alors mettre en œuvre. 

Certains faisaient ce rituel pour mieux comprendre les éléments de leur vie, obtenir une guérison, pour trouver le courage d’aborder une grande épreuve, remercier la vie pour un don. Le moment de la puberté, le passage à la vie d’adulte ou pour valider un changement de statut (guerrier, chasseur, homme-médecine, chef…) étaient aussi des moments propices à ce rituel.

Version archaïque

Traditionnellement, ce rituel se passait en trois étapes. Cela commence par une phase de préparation, dans lequel le futur initié va être préparé par un chaman. Cela peut durer plusieurs jours, dans laquelle le futur initié va adapter son alimentation en vue du jeune, effectuer des rituels, et recevoir des soins chamaniques pour être purifié et nettoyé.

Ensuite, vient le moment de la quête de vision à proprement parler. Le futur initié part en nature, seul, sans nourriture et sans boisson. Il va ensuite se confronter à lui même, et à la nature pendant 3 ou 4 jours (parfois plus dans certaines pratiques).

A la suite de ce rituel, l’initié revient et retrouve le chaman. Ce dernier l’aide à décrypter tous les messages qu’il a reçu lors de cette expérience.

Version moderne

Adaptée à nos sociétés modernes, elle prend la forme d’une expédition organisée par des guides pour des personnes qui cherchent une direction ou un sens nouveau à leur vie. On entreprend souvent ce cheminement dans un moment de remise en question, de crise, de deuil, de séparation, etc.

L’équipement est constitué en général d’un sac de couchage, d’une bâche, ainsi que d’une trousse de survie minimale. Parfois certains proposent de partir avec de l’eau.

Le principe reste le même, se confronter à soi-même et à la nature, en silence.

Il est également possible d’en faire des versions plus abordables. Se couper de son milieu habituel pendant 1 journée, rester dans le silence pendant un certain temps, pratiquer des jeûnes de 1 ou 2 jours etc… L’intention reste la même que dans le rituel traditionnel, cependant les expériences vécues peuvent ne pas être aussi profondes.

Mon expérience

crédit @mytics

J’ai décidé d’entreprendre une quête de vision de 24h en forêt suédoise. Mon but était de faire un jeûne de 24h, de ne pas dormir et de rester 24h en forêt. Je suis parti avec un tapis de sol, une bâche, un briquet, quelques ficelles et des sardines de camping. J’avais prévu de prendre un couteau mais je l’ai oublié avant de partir.

Ce fut une expérience très enrichissante ! Voici quelques partages de ce que j’ai pu vivre :

  • Lorsque j’ai eu fini de monter mon campement, je me suis assis et je me suis aperçu que je m’étais installé devant une pierre en forme de grenouille. La grenouille est un animal esprit qui est venu m’aider lorsque je travaillais sur une reconnexion aux émotions
  • Combien de fois me suis je demandé quelle heure il était…. N’ayant pas la possibilité de voir le soleil car le temps était très couvert, je ne pouvais pas vraiment en déduire un horaire, même approximatif. Je me suis rendu compte que cela n’avait pas d’importance en pleine nature.
  • Il ne pleuvait pas encore quand j’ai installé mon campement, et comme je savais qu’il allait pleuvoir, j’ai allumé mon feu assez rapidement. J’ai maintenu le feu allumé jusqu’à mon départ. Il m’a permis de me réchauffer, j’avais un peu froid à cause de l’humidité, de m’apporter de la lumière dans la nuit, de me tenir compagnie. Avec du recul, je n’ai jamais passé autant de temps près d’un feu à l’entretenir, et à apprécier sa présence. J’ai senti que mon lien avec l’élément feu avait grandi suite à cela.
  • Chance incroyable, d’autant plus que mon feu était déjà allumé, j’ai pu voir 2 élans sauvage passer à une trentaine de mètres de moi ! Au départ, ils ne m’avaient pas remarqué et puis le plus grand des deux a regardé dans ma direction. Nos regards se sont croisés, autant étonnés l’un que l’autre.
  • Il y avait un grand résineux en face de mon campement avec 2 branches arrondies sur sa gauche et sa droite, recouverte de lichen. Une grosse pierre de forme circulaire se trouvait au pied de l’arbre. Lorsque la lumière a commencé à baisser, je commençais à ne distinguer les choses qu’avec des silhouettes. La silhouette du résineux est devenue un immense hibou, avec un tambour devant lui. Et les branches recouvertes de lichen formaient deux grands bras, comme s’il jouait du tambour.
  • Ensuite la nuit est arrivée. Bien que couvert, le ciel est assez clair car nous étions veille de pleine lune. Je me suis posé la question d’éteindre mon feu, car je ne pouvais rien distinguer d’autre que la lumière du feu, qui empêchait mes yeux de s’habituer à l’obscurité. J’ai décidé de le garder allumé, de peur d’avoir vraiment froid et devoir allumer un feu dans le noir et sous la pluie. J’ai donc dû accepter que quoi que j’entende comme bruit, je ne pourrais pas voir de quoi il s’agissait. La première demi heure de nuit fut dure. Je commençais à stresser, est ce que j’ai assez de bois proche du campement ? est ce que je vais tomber sur des animaux ? est ce que je vais entendre des bruits étranges ? S’il m’arrive quelque chose, qu’est ce que je fais tout seul dans le noir au milieu de la forêt ? Et puis subitement, j’ai lâché prise. Je me suis dit “Il n’y a quasiment aucun bruit, j’ai un feu, les animaux ne sont absolument pas intéressé par mon campement, je vais rationner mon bois, je n’ai rien à craindre.” La suite de ma nuit s’est déroulé dans un calme et une sérénité très agréable.
  • Après plusieurs heures dans la nuit, bien que calme et serein, je me suis rendu compte de l’importance de voir le jour se lever. C’est une chose qui nous paraît tellement normal et banal, et pourtant lorsque l’on passe une nuit complète éveillé en nature, le retour de la lumière naturelle du soleil est une bénédiction.
  • J’attendais calmement le matin (avec un peu d’impatience certes), et au bout d’un moment, le premier chant d’oiseau s’est fait entendre. Un beau chant de coucou, bien clair et distinct. J’ai pris cela comme l’annonce de la nouvelle journée qui commence. Puis il y eut un deuxième chant d’oiseau, puis un autre, puis un autre et très rapidement, une cacophonie de chants d’oiseaux, faisant un vacarme assourdissant ! Cela a duré 15 minutes environ, puis c’est redevenu calme, avec des chants d’oiseaux espacés.

Ce fut une expérience incroyable. En fait, à la suite de cette expérience,je me suis rendu compte qu’on ne prend jamais autant de temps pour soi seul avec soi-même et la nature( en tous cas dans mon cas), et encore moins sans occupation. 

J’encourage chacun à tenter cette expérience ou une des variantes décrites plus haut. Cela demande du courage, mais cela en vaut la peine ! 

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