Victoria : païenne, féministe, sorcière

Avant le lancement du webzine, nous vous avions demandé sur instagram de partager les sujets que vous souhaitiez retrouver sur Mystics Moons. Le fait de vivre ses croyances, ses pratiques, vis à vis de son entourage était beaucoup revenu. Victoria, aka Torhia, nous fait le plaisir de partager son expérience en tant que païenne.

Qui es-tu ? Présente toi !

Crédit Torhia

Je m’appelle Victoria (Torhia sur Instagram et Youtube) et j’ai 29 ans. Je suis mère depuis 3 ans d’une petite fille et je travaille actuellement sur deux projets artistiques, dans l’illustration et la musique. Je suis païenne, féministe et me revendique depuis peu comme sorcière. Ma famille étant un gros “melting pot” culturel, j’ai appris à simplement me considérer comme terrienne et je pense que ça a joué un rôle dans le développement de mes croyances finalement très universelles.

Dans ta bio Instagram, tu te décris comme païenne, peux-tu nous en dire plus ?

J’ai découvert que j’étais païenne il y a de cela 9 ans, juste avant l’équinoxe
d’automne. Je dis que “j’ai découvert” car mon coeur l’était bien avant que mon esprit ne le réalise. J’ai été élevée dans une famille chrétienne relativement pratiquante, j’ai toujours eu foi en quelque chose, si ce n’est de plus grand, qui nous reliait tous. Mais je ne me reconnaissais pas dans le dogme catholique.

C’est finalement juste avant d’entrer en faculté d’histoire et en faisant des recherches sur les religions, que j’ai croisé le chemin du paganisme, d’abord dans son aspect moderne. La roue de l’année, les sabbats, les esbats, les divinités multiples, cette reconnexion à la nature. Très vite, j’ai compris que ma voie était là, que tout ce que j’avais toujours aimé dans le catholicisme, étaient en fait les fruits de ce qu’il restait de croyances largement antérieures : Les célébrations !

Célébrer la vie, au fil des saisons, des lunaisons, des rythmes… C’est comme ça que j’ai célébré mon tout premier sabbat: Mabon, avec quelques feuilles mortes sur ma table basse, des bougies, un encens et mon tarot. C’est tout. Ce jour là, j’ai ressenti un sentiment de plénitude qui ne m’a plus jamais quitté.

Crédit @Torhia

J’ai alors décidé d’étudier ces spiritualités, leurs origines réelles et de dérouler le fil de l’Histoire, l’évolution du paganisme au fil des époques, absolument partout sur cette planète et comment il a finalement toujours persisté, s’est adapté. Cela a posé les fondements de mes croyances. Un paganisme moderne, actuel, basé sur les évolutions qui lui ont permis de toujours traverser les siècles. Sans dogme.

Puis j’ai découvert les rituels, la magie, et la connexion s’est faite avec ce que j’étais depuis mon plus jeune âge : une jeune fille qui, tout comme sa mère, voit des esprits depuis toujours, et une tireuse de carte amoureuse des pierres !

Comment définirais-tu ta pratique ?

Libre, personnelle et connectée ! Dans les deux sens du terme, car si ce que j’aime autant dans le paganisme est la connexion avec les êtres, l’univers, le temps etc. Ma pratique a aussi largement évolué depuis l’apparition d’Instagram ! Il y a sur ce réseau social une communauté absolument incroyable et tellement bienveillante ! Je me sentais parfois un peu seule devant mon autel avant cette époque, (même si c’était aussi très appréciable d’être seule face à mes croyances, c’est un merveilleux moyen de me connecter à tout ce qui n’est pas humain et que j’avais négligé spirituellement jusque là : la nature, les esprits, le divin, les étoiles, l’Univers…) mais moi qui avais connu les processions et la beauté des
rassemblements dans les églises, j’ai enfin le sentiment d’avoir retrouvé une merveilleuse communauté qui me permet de très beaux échanges.

Libre, personnelle et connectée !

Ma pratique est mienne, je ne m’impose pas grand chose, je m’écoute beaucoup. Je célèbre tous les sabbats, même de façon très minimaliste si je ne peux/veux pas faire autrement, et quelques esbats en fonction de mes besoins. Je pratique des rituels depuis quelques années, à de rares occasion toutefois. Et la règle de base est évidemment de ne jamais ô grand jamais m’en servir à des fins négatives. À vrai dire, je crois que je n’en utilise que pour protéger et repousser le négatif.

Crédit Torhia

J’apprends constamment, auprès des plantes, des minéraux mais aussi d’autres croyances et j’aime piocher de manière très éclectique dans les différentes cultures qui nous entourent. Je peux ainsi jouer du tambour chamanique, m’initier aux runes, tout en en apprenant plus sur les cultes dionysiaques.

Quelle place ont tes croyances dans ta vie ? Dans ton quotidien ?

Je discutais un jour avec un ami de mon mari de notre handfasting (cérémonie nuptiale d’origine celte), il m’a alors demandé très sérieusement si j’allais être habillée “en sorcière”, ça m’a beaucoup fait rire ! Je portais ce jour-là une simple jupe et un T-shirt on ne peut plus lambda et je lui ai répondu “Mais je suis habillée en sorcière !”. Ce qu’il ne pouvait pas voir, ce sont les trois petites runes cachées au creux de mon poignet dessinées au feutre, mon tatouage aux 1000 significations, la couleur de mon vernis rarement choisie par hasard, mon parfum à base d’HE, mes bijoux… Il y a chez moi, et comme chez beaucoup d’autres, un autel permanent qui évolue au fil des saisons, des carnets qui ne me quittent jamais, des cristaux et des tarots et autres oracles. Des plantes, des encens et des bougies, et tous ces talismans m’accompagnent discrètement chaque jours.

Crédit @Torhia

Parfois je me sens moins connectée, parce que la vie est ainsi faite, particulièrement dans notre société, mais même si je ne suis pas réceptive, j’ai déposé assez de magie tout autour de moi pour pouvoir toujours remarquer une petite étincelle lorsque j’en ai le plus besoin.

Est-ce que cela a impacté ta vie de famille ? Ton entourage ?

Oui mais uniquement depuis que je suis Maman. Je n’en ai jamais fait un secret, si le sujet des croyances personnelles arrivent sur le tapis, je dis sans détour être païenne et j’explique mais je ne me livre jamais sur ce que je fais réellement lors de mes célébrations. C’est mon jardin secret. Mes amis ont toujours très bien accepté ça, et j’ai même déjà organisé des repas de Sabbat avec des amis non païens pour le simple plaisir de réunir les gens que j’aime, en leur expliquant les symboliques fortes et en gardant pour moi les aspects spirituels, pour ensuite à leur départ célébrer à ma façon,
entourée des divinités qui me sont chères.

Puis je suis devenue maman et la question de l’éducation religieuse s’est posée. Est-ce que je lui fiche la paix et la laisse faire ses propres choix ? Ou est-ce que je célèbre avec elle ? Mon homme est agnostique, sa famille est également catholique… Comment lui présenter les églises qui ne sont pas un lieu de culte pour ses parents mais qui le sont pour ses grands-parents ? Et bien le plus simplement du monde ! En faisant tout ça à la fois.

Est-ce que tes proches pratiquent également le paganisme ?

Crédit Torhia

Je suis la seule à proprement parler païenne de mon entourage direct. Mais je suis aussi incroyablement bien entourée ! Nous avons donc pris la décision avec son papa d’offrir à notre fille un baptême païen, au bord d’une rivière, une présentation à l’univers et aux dieux pour ses 9 mois (9 mois dedans, 9 mois dehors), et depuis qu’elle est en âge de le faire, elle célèbre les sabbats avec nous. Mon homme participe avec un enthousiasme qui me ravit à toutes les activités (créations d’une croix de Brighit, de bougies, repas, balades conscientes etc), et médite même un peu devant mon autel, mais il ne prie pas. Ma fille a réalisé à mes côtés son tout premier rituel pour la Terre au mois de janvier !

Crédit Torhia

Ma maman est une catholique contrariée qui s’intéresse de plus en plus à l’image de la sorcière, et elle a déjà célébré avec moi également. Si ma fille trouve une autre voie qui l’appelle plus tard, je la laisserais bien évidemment suivre son propre chemin, comme ma famille a eu la gentillesse et le respect de le faire pour moi.

Il y a un renouveau des pratiques païennes, de la sorcellerie, du chamanisme, de l’ésotérisme en général, est-ce que ce n’est pas plus simple aujourd’hui de s’exprimer sur le sujet ?

C’est évidemment plus simple mais il y a à mon avis aussi un revers à cette médaille : Les Trolls ! C’est très agréable de discuter avec quelqu’un qui nous dit avec un grand sourire “Oh je connais un.e ami.e qui connait quelqu’un qui est païen.ne !” avec une curiosité tout à fait saine. C’est moins sympa lorsqu’une personne qui a lu deux articles plus ou moins sérieux sur internet ou vu une vidéo youtube complètement caricaturale se permet de juger, de se moquer, de marginaliser nos croyances.

Ce n’est pas gagné. D’un côté on voit des événements comme la Semaine des magies se créer à Marseille, ce qui est absolument génial (il y a 10 ans un événement pareil en France n’aurait jamais eu autant d’impact et aurait juste été donné en tout petit comité dans le plus grand secret) mais cet événement a été censuré sur Facebook à cause de groupes prônant très clairement l’obscurantisme… Mais bon, prenons cela avec philosophie, c’est toujours mieux de se faire censurer par facebook que de finir sur un bûcher ! On en a vu d’autres !

Un jour toutes les croyances et non-croyances finiront par s’entendre, patience…

Est-ce que tu as fait ton coming out : « je suis païenne » ? Comment tu t’y es prise ?

Crédit Torhia

Notre Handfasting était l’occasion rêvée ! Et puis je n’avais pas le choix, pas question de ne pas la faire, pas question de ne pas inviter nos proches, c’était le moment ou jamais. Mon homme étant agnostique, il trouve
que mes croyances sont improbables, mais pas impossibles ! Donc aucun problème pour lui, il a accepté ce mariage païen sans problème. Nous avons alors organisé notre cérémonie dans une forêt, en nous inspirant du rituel de handfasting qui se trouve dans l’Almanach des sorcières de Opakiona Blackwood et Avy raé (éd. ContreDires, 2015) que j’ai personnalisé avec mon officiante et validé par le futur époux. J’étais anxieuse et j’avais peur des moqueries de la part de certains membres de ma famille et belle famille, car savoir est une chose, y assister en est une autre. Certains me suivent sur instagram, donc voient mes partages et ne m’ont jamais posé de questions à ce sujet.

Ma grand-mère a même cru que je faisais partie d’une secte et était plus que sceptique avant de venir. Au final, la magie a opéré. Les sceptiques ont été conquis. Ma grand mère a été émerveillée et en a parlé à tout le monde en des termes élogieux ! Ma belle-famille m’a félicité pour ce très beau moment (“curieux” et “original” mais “très beau” !) et le plus étonnant, c’est qu’ils pensaient que mes amis présents ici étaient païens aussi, et pourtant, j’étais bien la seule réellement païenne de l’Assemblée !

Crédit @Torhia

Tout s’est merveilleusement bien passé et… nous n’en avons plus jamais reparlé après le mariage. Mais quelques jours après, je partageais ce post sur Instagram :

“Vous. Ma communauté païenne, mon cocon virtuel bien
réel. Je suis la seule de mon entourage et croyez-moi j’avais peur de dévoiler mes croyances devant tout le monde. Et j’aimerais vous remercier du fond du coeur d’être là quotidiennement (…) Vous avoir à mes côtés dans ce petit outil qu’est mon téléphone, m’a permis de me découvrir en pleine conscience et confiance. Vous étiez près de moi en ce jour, vous étiez dans mon coeur vous aussi, et dans chaque bruissement de feuilles.”

Ce handfasting-coming-out a eu lieu le jour de Mabon, 9 ans après la célébration de mon tout premier sabbat toute seule dans mon salon.

Des lecteurs et des lectrices nous ont demandé de parler de ce sujet, ils ne se sentent pas à l’aise dans leur pratique au quotidien, du peur du rejet de leurs proches et des jugements. Tu le vis comment ?

Ma peur du rejet a disparu il y a très très peu de temps, ça a été un long travail. Et je suis bien heureuse de m’en être débarrassée ! Ça ne concerne pas que le domaine du spirituel d’ailleurs. Si rejet il y a, c’est à mon sens que ça ne pouvait pas fonctionner, ou en tout cas pas encore. Peut-être jamais… ou peut-être plus tard ?

Mais la vie est souvent bien plus simple qu’on ne se l’imagine, et tant que l’on essaie pas de convertir les autres, finalement, ça se passe assez bien. Par contre, si j’en parle sans trop de problèmes, je reste aussi assez pudique sur tout ce qui touche au sacré, ça ne concerne que moi. C’est sans doute aussi une façon de me protéger.

Crédit Torhia

Quels conseils pourrais-tu leur donner ?

Si vous êtes sûr.e de vous, si ça résonne au plus profond de votre être, alors ne doutez pas. Si ce chemin est pour vous une évidence alors n’ayez pas peur, parce que cette voie sera toujours là pour vous relever, pour vous guider, pour que vous ne vous sentiez jamais seul.e. Et si vous êtes sûr.e de vous, vous pourrez en parler sans le moindre problème, défendre vos convictions et vos croyances quelles qu’elles soient. Expérimentez, apprenez sans cesse, pratiquez, et vous prendrez confiance, et vous vous sentirez tellement légitime que personne n’osera rien vous dire, et s’ils osent, et bien, cela donnera lieu à un bel échange dont vous pourrez être fièr.e !

Et une petite vérité tellement clichée mais tellement vraie aussi “l’avis des autres, c’est la vie des autres”.

Un grand merci à Victoria de s’être livrée, d’avoir partagée une tranche de vie, de son honnêteté et son envie de partager. Vous pouvez la retrouver sur son compte instagram.

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